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Dimanche 17 octobre 7 17 /10 /Oct 11:45

Le riff de Tostaky comme la madeleine de Proust. Il surgit et ce sont sous mes yeux des visages, des figures oubliées. Il me ramène au cœur des nuits fiévreuses où les rêves paraissaient à portée de main.

 

Encore combien à attendre ? encore combien à attendre ? encore combien à attendre ?

 

Le temps des amitiés que l’on jurait ne jamais voir s’user sous le temps. Des amours qui ne se dilueraient jamais dans l’habitude. Où l’on se promettait de ne jamais perdre nos vies à vouloir les gagner.

 

Noir Désir, a fait vivre à la France ce qu’est le rock, loin des ersatz que furent Téléphone et d’autres. Noir Désir tutoyait la poésie incantatoire de Jim Morrison, la hargne des Stooges, les abîmes du Velvet. Dans les veines du groupe coule l’eau boueuse du delta du Mississippi et le métal hurlant des banlieues. C’est dans la rage qui sourd du quotidien, dans le torrent des oppressions que Bertrand Cantat fait pousser les fleurs de ses métaphores. Depuis sa manière immédiatement reconnaissable de scander les textes n’a cessé d’être copiée, mais jamais égalée.

 

Tout Noir désir tient dans l’alchimie entre la révolte et la tendresse :

 

Sous la lumière en plein / Et dans l'ombre en silence / Si tu cherches un abri / Inaccessible

Dis-toi qu'il n'est pas loin et qu'on y brille / A ton étoile

Petite sœur de mes nuits / Ca m'a manqué tout ça / Quand tu sauvais la face / A bien d'autres que moi / Sache que je n'oublie rien mais qu'on efface / A ton étoile

Toujours à l'horizon / Des soleils qui s'inclinent / Comme on n'a pas le choix il nous reste le cœur

Tu peux cracher, même rire, et tu le dois / A ton étoile

A Marcos / A la joie / A la beauté des rêves / A la mélancolie / A l'espoir qui nous tient / A la santé du feu / Et de la flamme / A ton étoile

 

Cet appel déchiré à la fraternité nous enflammait. En l’écoutant, nous découvrions Rimbaud, El Destichado, Lautréamont, Burroughs.

 

Puis en 2001 nouveau miracle, un nouvel album et la sensation que Noir Désir grandissait avec nous. Cet album tellement différent était celui que les ados qui avaient reçu du ciment sous les plaines en pleine figure voulaient entendre dix ans plus tard. Les guitares déchainées avaient laissé la place à des arrangements complexes. Un solo de clarinette balaie Le vent nous portera. L’ambiance est inquiète, désabusée (à l’envers, à l’endroit, bouquet de nerfs). Sur des armes Bertrand Cantat met en musique un autre poète Léo Ferré. L’appartement conduit l’auditeur dans des vertiges quelque part entre les Cure et Radiohead. Bertrand Cantat s’avoue perdu face à l’évolution du monde (I’m Lost, L’Europe), mais dans une sorte d’éclair divinatoire le groupe anticipe l’événement qui va marquer le nouveau millénaire, le 11 septembre 2001, dans le grand incendie.

 

Vinrent les années où il ne faisait plus bon dire que l’on aimait la musique de Noir Désir.

 

Mais aujourd’hui Bertrand Cantat est de retour. Il a chanté Tostaky en acoustique. Sublime. Il a repris le temps des cerises. Encore combien à attendre pour le nouvel album ?

Par Seasons in the sun
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Mardi 27 avril 2 27 /04 /Avr 19:55

 

Qu’est-ce qui fait une chanson mythique ?

Le refrain qui vient immédiatement sur les lèvres ?

L’alchimie entre les paroles et la musique ?

La rencontre avec les préoccupations d’une époque ?

Une grande chanson est un équilibre improbable qui fait que soudain une suite de notes et de mots s’impose comme une évidence et devient un hymne. Il en existe peu. Elles ont su synthétiser une génération et en même temps la transcender pour traverser le temps et apparaître des décennies plus tard toujours aussi fraiches. Elles sont l’exemple d’une mode, le grunge pour Smells Like Teen Spirit, et en même temps elles sont indémodables. Les découvrir puis les redécouvrir, c’est se demander comment on a pu vivre tant d’années sans elles et en même temps avoir la sensation de les connaître depuis toujours.

Tous les détails comptent dans ce petit miracle, de la composition au mixage. En particulier, on connaît deux versions très différentes de Smells Like Teen Spirit : le mix d’Andy Wallace sur l’album Nevermind et celui de Butch Vig, producteur de l’album, qui figure sur le coffret With The Lights Out. Ironie, c’est suite aux différends artistiques entre Butch Vig et Kurt Cobain sur le traitement à donner au son des chansons qu’Andy Wallace a été appelé pour réaliser le mixage de l’album. Or, la version de Butch Vig est certainement plus proche des désirs de Cobain que celle qui paraîtra finalement et deviendra mythique.

Les deux versions sont à la fois très proches et opposées du point de vue des choix esthétiques. Elles partent de la même prise brute. Le mix de Butch Vig apparaît plus « compact » et « noisy ». Les instruments forment une masse aux contours flous. Ils sont parfois difficilement discernables et certaines parties du spectre sonore sont peu audibles. Dans la batterie, le martèlement sur les toms prédomine tandis que le jeu de cymbales de Dave Grohl est masqué. Par contre, le larsen qui suit le solo de guitare ressort plus nettement. Il faut certainement y voir un choix : les albums de Garbage montrent combien Butch Vig est capable de ciseler le son. Dans sa version de Smells, il tente de coller à la sauvagerie du son du groupe en livrant une version crue, peut-être imparfaite, mais cette imperfection fait partie de l’esprit grunge.

Le mix d’Andy Wallace est plus poli. Les instruments sont mieux définis et isolés. La voix est placée plus en avant. Il en résulte une impression de clarté à l’oreille qui n’enlève pourtant rien de l’énergie. Le soin apporté au détail se marque dans la réverbération placée sur la guitare. Elle rend le riff tranchant. Chaque partie du jeu de batterie est parfaitement discernable. C’est ce mix qui fera de Smells Like Teen Spirit le succès que l’on sait.

Pourtant, Kurt Cobain s’est senti trahi par cette version de sa chanson. Le succès ne fera qu’aggraver ce sentiment. Ses chansons étaient des cris lancés au bord du gouffre. Le travail d’Andy Wallace lui paraissait comme une concession commerciale insupportable. Il ira même jusqu’à comparer le son de Nevermind à de la « musique de supermarché ». Il vivait son statut d’icône MTV comme une prostitution. Le mix original de Butch Vig, plus âpre, plus chaotique cadrait certainement plus avec sa sensibilité punk. Elle sonne comme une performance live saisie sur le vif. Elle se rapproche des versions que Nirvana donnait de la chanson sur scène comme on peut l’entendre sur From the Muddy Banks of Wishkah.

 Mais est-ce que Smells Like Teen Spirit aurait connu le même succès dans la version de Butch Vig ? Est-ce qu’elle aurait pu rayonner au-delà des fans de hard rock et convertir la planète au grunge ? Pour cela, il fallait verser quelques gouttes de pop sur une brûlure punk…

 

 

Par Seasons in the sun
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Mercredi 3 mars 3 03 /03 /Mars 13:12

Nirvana-Smells-Like-Teen-43828

Ça a débuté comme ça. Moi j’avais jamais rien entendu

Cette chanson m’est tombée dessus à la sortie des cours.

Je suis resté foudroyé. Traversé par l’impression immédiate qu’une nouvelle ère avait commencé. Je n’en croyais pas mes oreilles. Un couplet calme puis l’explosion des guitares tranchantes, 4 accords répétés sans cesse, le riff entêtant et par-dessus cette voix déchirée qui criait comme un possédé. Des gémissements, des plaintes de douleurs, des rugissements de rage.

Ce single rendait définitivement ringard tout ce qui passait au même moment à la radio : le pseudo rock des Guns and Roses, les brushings de Bon Jovi, les synthés et les boîtes à rythmes des 80’s. Quelques mois plus tôt il aurait été inconcevable d’entendre une telle chanson à la radio. Elle nous crevait les oreilles tel un météore. La mèche était allumée, comme une trainée de poudre les guitares sursaturées se répandaient sur les ondes. Smells Like Teen Spirit avait libéré les musiciens. On aurait juré qu’ils n’avaient attendu que cette chanson comme un signal pour remettre des décibels. Cerise sur le gâteau l’album Nevermind détrônait Michael Jackson. Ses productions de supermarchés, et son Heal the world dégoulinant de bons sentiments ne s’en remettraient jamais. Une page était tournée. Le clip de Smells like teen spirit était l’inverse de la super production jacksonienne. Tourné avec un budget minuscule et des figurants pris sur un campus, il définissait la nouvelle esthétique grunge. Dans une ambiance lugnirvana-cheerleadersubre, des jeunes gens se bousculent dans des mouvements chaotiques pris par la transe de la musique, amorphes puis soudain déchaînés. Ils sont sales, habillés de vêtements troués, mal assortis, récupérés chez des brocanteurs. Des pom pom girls défoncées s’agitent dans une parodie des stéréotypes de la culture américaine (que reprendra plus tard Nada Surf). Au milieu de la foule, le chanteur les cheveux rabattus sur le visage, balance sa guitare et dirige cet orgasme musical. Un balayeur débordé hésite entre se laisser entraîner ou nettoyer toute cette crasse qui le déborde. Puis le final en gros plan sur le sourire de Kurt Cobain qui vire au rictus. L’adrénaline s’effondre brutalement, ne restent que les détritus et la désolation.

Tout Nirvana était là dans ce mélange de désespoir et de violence, de mélancolie et de bouillonnement d’énergie que plus rien ne peut canaliser.

J’étais trop jeune pour sentir l’influence sur son brut des Pixies, des Screaming Trees et au-delà du punk de la fin des années 70, des Stooges et même de John Lennon. Je ne connaissais pas assez l’histoire de la musique rock. Je n'avais pas matière à comparaison. Pour moi Nirvana était LA musique, ce que la musique devait être : quelque chose de vital qui m’attrapait aux tripes. Nirvana faisait vibrer mon âme d’adolescent. Il mêlait la rage et la déprime que je ressentais. Avec ce premier single avait donné la bande-son de toute une génération.

KcSmells Like Teen spirit n’aurait pu être qu’une fulgurance, mais au fil des mois de nouvelles chansons vinrent enflammer mes oreilles incrédules. Lithium et sa basse dépouillée, sa fureur contenue qui explose soudain, In Bloom et son crescendo virulent, Come as you are, plus pop aux guitares magnifiquement ciselées, puis tout l’album : Drain You, Polly laissée à l’état de démo, la lunaire Something In The Way avant le morceau caché.

Aujourd’hui Nevermind sonne toujours à mes oreilles comme la madeleine de Proust. Elle me ramène très loin dans le temps et réveille des émotions profondément enfouies que je préfère peut-être fuir. Un temps où je me demandais qui j’étais. Je ne le sais pas plus aujourd’hui…. j’ai juste appris à oublier de me poser cette question.

Par Seasons in the sun
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Vendredi 29 janvier 5 29 /01 /Jan 15:25

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Certains faits divers incarnent une génération ou une période de la vie. Florence Rey est devenue le symbole de l'adolescence révoltée et du nihilisme des années 90. Impossible d'oublier le flamboiement de la  révolte dans ses yeux pour ceux qui avaient 15-20 ans à cette époque. Cette insoumission jusque devant les flics qui l'interrogeaient. À son procès, elle a refusé de s'exprimer. C’était encore une attitude rebelle. Une dernière manière de refuser le jeu et de s’affranchir du système qui allait la broyer. L'anarchie avait trouvé son visage.
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La presse parlait de l’influence de Tueurs Nés. Florence et Audry se seraient pris pour les héros du film d’Oliver Stone. Ce qui dérange est toujours taxé de folie. L’acte brut de ces jeunes gens révélait un malaise profond que la France balladurienne ne voulait pas voir. Beaucoup de gens de leur âge se reconnaissaient en eux. Peut-être parce qu’on ressentait instinctivement que leur révolte était la nôtre ? Ils étaient le produit du trop plein de frustrations de la jeunesse. Du trop de désillusions. L’engrenage qui les avait menés à cette extrémité était le marasme dans lequel s’engluait toute une génération.

 

Florence Rey n’a répondu à aucune question : elle était la question que la société ramassait en pleine gueule. Avec ses bras croisés face aux accusations, elle était sa mise en accusation, le défi superbe et inutile que ce vieux monde fossilisé recevait sans comprendre. À l’âge où d’autres remisent à peine leurs poupées et où les parents pensent que leur fille rêve le soir du prince charmant, elle s’est entouré les reins d’une cartouchière pour dire son mal être, elle a pris un fusil parce qu’elle ne voyait plus d’autre moyen de se faire entendre. Sa photo a explosé dans le présent maussade comme un météore, elle a fracturé une France anesthésiée dans son conformisme. Pasqua voulait la faire exécuter séance tenante comme si couper la tête de Florence pouvait suffire à exorciser ce qu’elle avait révélé d’inconcevable par son geste.

 

On ressentait que les enquêteurs faisaient fausse route en cherchant un mobile précis à leurs actes. Leur crime était une sorte de geste existentiel, un cri désespéré lancé au bord du gouffre, pas si éloigné de celui de l’étranger de Camus vidant un chargeur, geste absurde en réponse à l’absurdité de la vie qui l'étrangle.  

 

Florence Rey n’avait pas besoin de parler. Elle était la révolte poussée jusqu’à l’incandescence. Sa photo était un signe de ralliement. Avec des potes on voulait lui écrire dans sa prison.  Pensait-on aux victimes ? On apprenait de ses nouvelles indirectement par la presse. Ses moindres phrases, ses moindres gestes étaient rapportés, disséqués comme pour une princesse... une princesse de l'anarchie. Je me souviens des émissions que lui dédiait Jean-Paul Bourre, des nuits assis par terre à refaire un monde qui semblait n'avoir rien à foutre de nous... Toute une époque.

 

*

*          *


En apprenant sa libération avec deux mois de retard, j'ai pris 15 ans dans la gueule. J'ai vu repasser mes 20 ans comme un plat de nouille pas fraiche un lendemain de beuverie. Smells Like Teen Spirits.


Ça fait bizarre de savoir qu'elle est libre, qu'elle a 34 ans. Et qu’elle a fait des études de… comptable en entreprise. Qu’en penserait Audry ?


Peu importe. On se rend compte simplement que le temps a passé et que l'adolescence est soudain loin. Il faut même avouer avec un peu de honte qu’on avait fini par l’oublier, au travers des années, enfermée seule là-bas très loin au fond de sa prison, au fond de nos mémoires, lentement effacée jusqu’à disparaître. Mais peut-être que même dans ce dernier épisode qu’est sa libération, sa trajectoire reste révélatrice des rêves déchus d’une génération.


On a grandi avec elle. On peut mesurer. Plus de no future, les loosers romantiques ont cédé la place aux Yuppies triomphants. Audry ne voulait pas se prostituer en se vendant pour un patron. Que dirait-il au milieu de cette France qui a pris pour devise « travailler plus pour gagner plus »?

 

Les temps ont changé et c'est pas brillant. C'est sur I pod dématérialisés qu'on écoute le disque de Noirs Dez emblématique de l'époque « j'attrape la rage ». Florence Rey est sortie en cachette de son cachot. On a même failli ne jamais le savoir. Peut-être que c'est le signe que ce qu'elle incarne est révolu. Elle est ensevelie dans le passé avec nos rêves d'adolescents. Elle nous regarde comme un fantôme depuis nos vingt ans.regard-copie-1.jpg



 

Farewell madone électrique.

 



Par Seasons in the sun
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Mercredi 27 janvier 3 27 /01 /Jan 13:55


Pour Mick Jagger ceux qui se souviennent des années 60 ne les ont pas vécues. Et les années 90, est-il possible d’encore s’en souvenir pour ceux qui y ont survécu sans contempler l’adolescent qu’ils furent comme un alien ?

 

Décennie mort-née, commencée dans la confusion de l’effondrement du mur de Berlin. L’Histoire avait proclamé sa fin mais elle semblait ne pas vouloir finir. Elle continuait en ânonnant toujours la même ritournelle de misère. La fin et le début se confondaient.

 

Le Grunge naissait posthume. Il charriait toutes les frustrations et les désillusions d’une génération. Il célébrait la fulgurance de l’adolescence et sa dissolution inéluctable. Le Grunge était un cri dans la nuit. Il naissait de la mort et lui était voué. Il n’était pas une musique contestataire, comme avait pu être le Punk, juste un constat âpre et désabusé. Le loser était sans cynisme ni utopie. Il regardait la vie filer des plaies. Les paroles étaient sombres. Elles oscillaient entre à-coups de violence et d’apathie sur les montagnes russes des guitares. Le Grunge portait son échec en lui, il le criait comme une dernière chance. Son triomphe ne pouvait que l’y ramener. Ce mouvement qui exprimait le refus de l’artificialité ne pouvait qu’être à son tour récupéré par les médias et formaté par MTV qui avait usé jusqu’à la corde ses rockeurs de variété à paillettes. Le no look devenait un look, le no-future une pose, le désespoir un argument de vente. Personne n’était dupe. La consécration du Grunge était celle de l’échec qui avait été son moteur. À ce moment celui en qui une génération s’était reconnue, Kurt Cobain, icône malgré lui, s’était suicidé. Il laissait pour seule explication une citation empruntée à Neil Young « It’s better to burn out than to fade away ». Plutôt finir dans le fracas d’une gerbe de flamme que s’éteindre lentement. La jeunesse s’est trouvé par la suite d’autres idoles. Billie Corgan et ses allures de Nosferatu du rock, la nostalgie plaintive de Radiohead avant qu’il ne s’enferme dans un autisme expérimental, les allures de lads des frères Gallagher qui réchauffaient les images d’Épinal des années 60... mais le ressort était cassé.  

 

La jeunesse avançait dans la vie à reculons, le regard tourné vers le passé. Il se démythifiait au fur et à mesure que le futur rétrécissait comme peau de chagrin. Années de chômage, de crise qui plombait tout horizon. Sensation que rien ne pouvait réussir que les temps ne changeraient jamais. On regardait incrédule à la télévision des généraux expliquer déjà leurs frappes chirurgicales. Et pourtant ce furent des années d’intense création. Elle se nourrissait de la noirceur ambiante. Des fleurs poussaient dans le  béton, fanées.

 À 15-20 ans je me sentais vieux. Bien plus vieux que plus tard, devenu « jeune cadre dynamique »…  Aujourd’hui après des années de capitalisme triomphant et autosatisfait, la crise est revenue, et le chômage et l’absence de futur. Je me sens peut-être étrangement plus proche de ce début des années 90 qu’il ya 5 ans ou 10 ans. C’est peut-être le trentenaire que je suis qui par instant me paraît un alien.

Par Seasons in the sun
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